
L’arrivée d’un gros titre exclusif est toujours un événement en soi. Ce genre de sortie est synonyme de jeu à grand spectacle, et souvent de claque graphique. Il suffit de voir la cohue provoquée à chaque nouvel épisode d’une licence à succès (World of Warcraft ?)
Fer de lance de la PS3, la série Killzone à beaucoup fait parler d’elle comme vitrine technologique de la console. On se souviendra du 1er trailer polémique de Killzone 2, du hype qui avait précédé sa sortie, et du résultat final, impressionnant mais pas parfait.
Killzone 3 a pour credo de poursuivre la série en effaçant ses défauts. Sans l’effet de surprise du second opus, cette nouvelle mouture se devait de s’appuyer sur des améliorations notables, au risque de décevoir le joueur blasé par les fournées de FPS qui caractérisent cette génération de consoles.
Pari tenu ? La réponse après ce petit trip guerrier outre-espace !
Bienvenue sur Helgan !
Les Helghasts sont à Killzone ce que les Allemands sont aux deux guerres mondiales. Un peuple vaincu, humilié, affaibli, qui se relèvera, transcendé par la verve virulente et fascinante d’un leader sombre mais charismatique. Nous assistons ici à l’équivalent de la montée en puissance des nazis, à la sauce space opera.
Après l’offensive menée par les forces terrestres sur la planète Helgan dans Killzone 2, on retrouve Sev, Rico et les restes de l’ISA face à un ennemi plus belliqueux que jamais. Le dictateur Visari mort, les helgans sont en pleine lutte intestine pour organiser sa succession. Période de flottement que vont mettre à profit nos héros pour tenter de mettre un point final au conflit.
Le pitch est simple, comme le scenario, qui ne réservera pas beaucoup de surprises au joueur ayant l’habitude des histoires de guerre grand public. L’intérêt ne viendra pas de la trame scénaristique, bien qu’elle soit mise en valeur au travers de nombreuses cut-scenes, aussi dynamiques que jolies.
En revanche, Killzone s’impose par sa direction artistique solide. De la SF pure et dure, dépeinte au travers d’environnements variés et sans fautes de goût. Les mecha et character design attirent l’œil, les décors (industriels, urbains, naturels, etc) sont crédibles et impressionnants. De ce point de vue, l’immersion est sans faille, ce qui rattrape une trame malheureusement insipide.
Les méchants sont des ersartz de nazis du futur ; et voici le Space-Hitler en personne.
C’est là le premier pari réussi de ce Killzone 3. La critique était unanime sur le manque de diversité de la palette de couleurs et d’environnements du précédent opus, qui se cantonnait à des milieux urbains où le gris prédominait. Si personnellement je trouvais ce parti pris audacieux et justifié, la majorité des joueurs n’a pas été de cet avis, et Guerilla a pris en compte ces attentes.
Et elles ne sont pas trahies, tant ce Killzone 3 nous fait voyager : ville en ruine, décharge ocre et rouille, plaine enneigée frappée par un océan polaire déchainé… Dépaysement garanti, même si la visite s’apprécie au bout d’une lunette de fusil d’assaut !
L’ambiance sonore n’est pas en reste, avec la bande-son epico-orchestrale qui sied à tout FPS ou film de guerre. Efficace, mais pas inoubliable. Les sons d’armes sont très bien rendus, renforçant l’immersion. Les soldats jurent, les ennemis râlent, et vos alliés y vont de leurs petites vannes édulcorées de marines américains hollywoodiens. Là encore, c’est efficace mais on est loin des répliques cultes de l’inimitable Duke Nukem. Une ambiance de blockbuster US qui conviendra à la plupart des joueurs, mais qui décevra ceux qui attendent une prise de risque et un minimum d’originalité.
Vous aurez évidement droit à la désormais classique phase de shoot sur rail. Apocalypse Now, baby !
Techniquement, Killzone 3 est à la hauteur de nos attentes. Détaillé, riche, fluide, le rendu graphique est toujours aussi unique, avec ses filtres graphiques atypiques. Le jeu ne pêche que par un aliasing un peu trop prononcé. Bien que le game design soit à l’aune des productions actuelles, à savoir un enchaînement de couloirs entrecoupés de cut-scenes, les décors donnent une impression d’ouverture et de grandeur. Le nombre d’ennemi à l’écran est parfois assez élevé, et malgré les effets de particules et autres explosions, aucune baisse de frame rate n’est à déplorer. Une petite prouesse technique qui se retrouve dans le mode coopératif en écran splitté et dans le mode en ligne.
Si la claque graphique n’est pas aussi violente qu’au temps de Killzone 2 (Uncharted 2 et God of War III sont passés par là…), le jeu arrive toutefois à nous scotcher devant le décor. On se surprend souvent à faire poireauter ennemis et alliés, pour contempler un coin de paysage saisissant ou apprécier les détails d’une scène.
Un gameplay plus accessible
Mais quid des nouveautés ? Le gameplay de Killzone 2 a divisé les joueurs, de par son parti pris radical. Les développeurs avaient imposé une maniabilité relativement lourde et rigide. Déroutante de prime abord, elle participait à donner une impression de réalisme au gameplay. Halo en son temps avait fait un choix du même ordre, avec sa maniabilité lunaire si particulière, mais justifiée par le scenario du jeu.
Ici, cette impression de lourdeur a été grandement atténuée, pour le bonheur du public call-of-dutisé, mais au détriment du puriste chasseur de helgan. On se consolera en se disant que ce qu’on a perdu en personnalité est gagné en dynamisme. L’action est en effet bien plus rapide et précise qu’avant, grâce à une palette de mouvement améliorée.
La visée semble plus précise, que ce soit à l’épaule ou à la lunette, mais on notera que cela se fait en partie grâce à une assistance un peu trop prononcée. L’équilibre penche de ce fait vers un gameplay plus agressif. Les exécutions au corps à corps vont dans ce sens, tant ces finish moves violents sont faciles à exécuter. Aller au contact d’un ennemi vous permettra de le tuer grâce à un mouvement, parfois contextuel, souvent sanglant. Charcutage de trachée, ablation oculaire et autres opérations de chirurgie faciale sont au programme et vous pousseront à braver le feu ennemi pour abréger un échange de tirs un peu trop longuet. On apprécie, mais on aurait aimé une mécanique un peu moins facile à exécuter, de façon à rendre tout ça plus risqué et gratifiant.
Les phases en jet pack sont aussi rares que jouissives.
Le système de couverture a aussi été amélioré depuis le précédant opus. Equivalent FPS du système de planque de Gears of War, il vous permet de vous plaquer à un mur, sac de sable ou autre débris salutaire pour vous protéger du feu ennemi, pour mieux en surgir et leur rendre la politesse. On peut effectuer une petite glissade pour atteindre un abri après un sprint, pour une action bien plus fluide qu’avant. Pas de temps mort, le jeu prend le parti de l’action et du dynamisme. Et ce n’est pas de trop face à des Helgasts intelligents et réactifs. Ils s’organisent pour vous encercler, se planquent de la meilleure façon possible, vous délogent à la grenade, fuient lorsqu’ils sont en infériorité… ils vous donneront du fil à retordre, bien que le jeu semble bien moins difficile que le précédant opus. On bloque rarement sur un passage, même en niveau difficile. Si vous tombez, un allié viendra la plupart du temps vous relever, ce qui pousse au « laxisme » et autorise des prises de risques. Mauvaise nouvelle donc pour les fans de challenge, qui devront finir la promenade que constitue le mode hard pour débloquer le niveau de difficulté maximum. Il serait facile de blâmer la casualisation du marché et le porte étendard du FPS pop-corn Call of Duty, mais nous mettrons cela sur le compte du parti pris de l’action fluide et débridée …
Un rythme soutenu, une difficulté peu contraignante, une progresse rapide, et on en arrive là au principal point noir du jeu : sa durée de vie ! Oui, le multi offre une durée de vie techniquement infinie, oui la tendance est à la campagne solo courte mais intense… mais avouez que les FPS nous en donnaient pour notre argent, du temps des Doom et autres Duke Nukem !
Killzone 3 nous offre donc 6 heures de campagne solo efficace. On n’a pas le temps de s’ennuyer, mais on reste forcement sur sa faim… On se refera volontiers la campagne en coop’ offline, ce qui est un point assez rare pour être signalé et salué. Et l’expérience est suffisamment plaisante pour qu’on retourne maraver du helgan assez régulièrement. Mais on reste quand même déçu de ne pas pouvoir découvrir d’autres environnements, d’autant que l’armement et le camp ennemi n’a pas énormément évolué. On aurait aimé plus de nouvelles unités adverses, voir une faune hostile comme cela avait été esquissé dans l’opus PSP de la franchise. Même les boss sentent le réchauffé, et on retrouvera sans surprise le gros-soldat-en-armure-lourde-et-au-minigun, le drône-qui-a-besoin-de-3-roquettes-dans-le-buffet-pour-exploser… Même constat pour les armes, qui n’offrent que très peu de nouveautés en dehors du W.A.S.P, un multi-lance-roquette assez jouissif, ou du fusil à pétrusite, un genre de BFG qu’on utilisera un sourire sadique aux lèvres. Bon point pour le jet pack, qui offre quelques bouffées d’air frais au gameplay, avec sa mobilité accrue et sa puissance de feu dévastatrice.
Quelques tourelles de tir vous apporteront la puissance de feu nécessaire à la satisfaction de vos petites envies de génocide.
Quelques phases en véhicule viennent appuyer les efforts de Guerilla pour offrir une expérience plus variée pour ce 3ème opus. Loin d’être rébarbatives, ces dernières se laissent jouer avec plaisir, et augurent du bon pour l’avenir de la franchise, si d’aventure elles sont reprises et exploitées de façon plus profonde.
En somme, une durée de vie solo très courte malgré l’intensité, la diversité et le dynamisme de la campagne. Pour ceux qui veulent passer leurs nuits à rôder sur Helgan, c’est du coté du multijoueur qu’il faut se tourner.
Le multijoueur
Quelques maps, une poignée de modes de jeu classiques (deathmatch, démolition, etc), des classes à améliorer en fonction de ses affinités : rien de bien original dans ce multi. Simple d’accès, il reprend la jouabilité du mode solo en y ajoutant des compétences, comme le déguisement ou la réparation. Du vu et revu, mais la formule reste efficace et fun. Les quelques parties auxquelles nous avons pris part étaient fluides, et le graphisme tout aussi beau qu’en solo.
On voit déjà se profiler à l’horizon les packs de maps payants en DLC, vu le peu de cartes disponibles pour le moment. Mais il y a déjà de quoi passer quelques heures à fragger nos congénères humains sans se lasser. Et pour les nostalgiques de l’ère pré-online, Guerilla a inclus un mode de jeu où le joueur solitaire pourra affronter des bots dans des conditions similaires au jeu en ligne.
Des yeux rouges. Une armure noire. Un lance-flamme. Oui, c’est un méchant.
- L’esthétique saisissante,
- La diversité des environnements,
- Un gameplay plus riche et dynamique.
- Solo court,
- Un aliasing parfois prononcé,
- Une histoire et une narration d’une platitude hollywoodienne.
La lecture c’est pas ton truc ? Résumé pour toi…
En conclusion, Killzone 3 est le digne successeur de son auguste lignée. Beau, dynamique, il fait le choix de l’accessibilité et du dynamisme (au risque de heurter les fans de la première heure). La diversité et la qualité de son univers en fait un must have pour tout fan d’esthétique futuriste, bien que la trame heroïco-popcorn n’ait rien de surprenant. Le mode online a de beaux jours devant lui, et deviendra vite le cœur du jeu. Une réussite assurément, mais on attend désormais une prise de risque de la part de Guerilla, qui devra, pour le prochain opus, donner davantage de personnalité et de consistance en ce qui pourrait devenir une saga culte.
